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SIBIL : la déclaration de billetterie obligatoire pour les entrepreneurs de spectacles

Réponse directe : SIBIL (Système d’Information Billetterie) est la plateforme du ministère de la Culture sur laquelle tout entrepreneur de spectacles vivants titulaire d’une licence doit déclarer ses données de billetterie chaque trimestre. La déclaration est due avant le 10 du mois suivant chaque trimestre échu (10 janvier, 10 avril, 10 juillet, 10 octobre). Elle est obligatoire même en l’absence d’activité. Son non-respect expose à une amende administrative pouvant atteindre 600 €, et peut bloquer l’accès aux aides publiques. Voici tout ce que l’entrepreneur de spectacles doit savoir.


Qu’est-ce que SIBIL ? Définition et base légale

Le Système d’Information Billetterie (SIBIL) est une plateforme en ligne créée en 2018 par la Direction Générale de la Création Artistique (DGCA) du ministère de la Culture. Son déploiement repose sur l’article 48 de la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (loi LCAP), complétée par le décret n° 2017-926 du 9 mai 2017 qui en précise les modalités d’application.

Son objectif premier est statistique : centraliser les données de fréquentation et de recettes de billetterie du spectacle vivant français pour constituer un observatoire national permettant d’affiner les politiques publiques culturelles et de mesurer leur impact économique.

Les données collectées sont traitées par le Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS) du ministère de la Culture, dans le respect du secret statistique. Elles sont ensuite rendues disponibles en open data sur data.gouv.fr.

En pratique, SIBIL remplit trois fonctions pour les entrepreneurs :

  • Obligation déclarative : recenser les représentations et leurs recettes de billetterie
  • Outil de conformité : conditionner l’accès aux aides publiques depuis le 1er avril 2020
  • Source de données : exporter ses propres déclarations pour les réutiliser (demande de licence, renouvellement de récépissé, déclaration ASTP/CNM)

Qui est obligé de déclarer dans SIBIL ?

Le titulaire de la licence de catégorie 3

L’obligation SIBIL incombe à l’entrepreneur de spectacles vivants responsable de la billetterie, c’est-à-dire celui qui a la charge de l’accueil du public et de l’émission des titres d’entrée. Il s’agit, dans la nomenclature des licences d’entrepreneur de spectacles, du titulaire de la licence de catégorie 3 (dite licence de billetterie ou de diffuseur).

Les trois catégories de licences et leur rapport à SIBIL :

Catégorie Définition Obligation SIBIL
Catégorie 1 Exploitant de lieu de spectacles vivants aménagé ✅ Oui, si responsable de la billetterie
Catégorie 2 Producteur de spectacles vivants ⚠️ Oui, si le producteur assume la billetterie
Catégorie 3 Diffuseur, entrepreneur de tournées, responsable de billetterie ✅ Oui, systématiquement

En cas de co-organisation ou de mise à disposition de salle, c’est la structure qui émet les billets et gère l’accueil du public qui est redevable de la déclaration SIBIL — quelle que soit la structure qui porte la production artistique.

Les cas particuliers : lieu mis à disposition, co-productions

Lieu mis à disposition : lorsqu’un théâtre ou une salle prête son espace à une compagnie sans assurer la billetterie, c’est la compagnie (productrice et responsable de la billetterie) qui doit déclarer dans SIBIL — pas le lieu.

Co-production : lorsque plusieurs structures se partagent la production, la déclaration SIBIL incombe à celle des co-producteurs qui détient la licence de catégorie 3 et assume contractuellement la billetterie. Il est essentiel de formaliser cette répartition dans le contrat de co-production pour éviter toute ambiguïté en cas de contrôle.

Associations sans licence : une association qui organise ponctuellement un spectacle et émet des billets sans être titulaire d’une licence n’est pas directement soumise à SIBIL — mais elle doit s’interroger sur l’obligation de détenir une licence d’entrepreneur de spectacles (applicable dès lors que l’activité est régulière).


Quels spectacles déclarer dans SIBIL ?

La règle est simple : tout spectacle ayant donné lieu à l’émission de titres d’entrée, qu’ils soient gratuits ou payants, doit être déclaré.

Situation À déclarer dans SIBIL ?
Représentation avec billets payants ✅ Oui
Représentation avec billets gratuits (entrée libre sur billet) ✅ Oui
Représentation gratuite sans émission de billet ❌ Non
Spectacle annulé ❌ Non obligatoire (mais possible en cochant « Annulé »)
Festival avec pass multi-spectacles ✅ Oui (déclarer en « abonnements, forfaits et adhésions »)
Événement scolaire avec billets gratuits ✅ Oui

Attention aux invitations : un billet gratuit (invitation) doit être émis et tracé dans votre système de billetterie, même s’il n’est pas payant. L’absence de billet pour un spectateur présent dans la salle constitue une infraction à la réglementation sur la billetterie (article 290 quater du Code général des impôts), sanctionnée d’une amende de 15 à 30 € par infraction constatée, indépendamment de SIBIL.


Quand déclarer ? Les 4 échéances trimestrielles

La déclaration SIBIL est trimestrielle. Elle porte sur les représentations du trimestre échu (celui qui vient de se terminer), et non sur les recettes encaissées pendant cette période.

Trimestre couvert Date limite de déclaration
T4 (octobre – décembre) 10 janvier
T1 (janvier – mars) 10 avril
T2 (avril – juin) 10 juillet
T3 (juillet – septembre) 10 octobre

Exemple concret : un festival qui s’est tenu du 25 juin au 5 juillet doit déclarer la partie juin dans la déclaration T2 (avant le 10 juillet) et la partie juillet dans la déclaration T3 (avant le 10 octobre).

Cas de la billetterie ouverte avant le trimestre : les ventes anticipées de billets (avant la représentation) ne changent pas la règle. Seules les dates de représentation déterminent à quel trimestre rattacher la déclaration — pas les dates d’encaissement.


Comment remplir la déclaration SIBIL ?

La déclaration s’effectue directement sur la plateforme sibil.culture.gouv.fr. L’entrepreneur crée son compte SIBIL, rattaché à son numéro de licence (PLATESV), puis saisit ses déclarations trimestre par trimestre.

Les catégories de billets à renseigner

Catégorie dans SIBIL Ce qu’elle couvre
Plein tarif Billets vendus au tarif standard
Total Billetterie Inclut les billets réduits (pas de rubrique séparée pour les tarifs réduits)
Abonnements, forfaits et adhésions Pass, abonnements multi-spectacles, cartes d’adhérent donnant accès aux représentations
Titres exonérés Entrées gratuites (invitations, billets à 0 €, entrées scolaires gratuites…)

Point d’attention : les billets à tarif réduit n’ont pas de catégorie propre dans SIBIL — ils doivent être inclus dans le champ Total Billetterie, qui agrège toutes les formes de billetterie payante.

La déclaration en cas d’absence d’activité

L’obligation SIBIL s’applique même si aucune représentation n’a eu lieu pendant le trimestre. Dans ce cas, l’entrepreneur doit effectuer une déclaration sur l’honneur d’inactivité sur la plateforme SIBIL, ou via le formulaire dédié mis à disposition par le ministère de la Culture.

Cette déclaration d’inactivité est souvent omise, notamment par les petites structures ou les compagnies qui n’ont pas de représentations chaque trimestre. C’est pourtant une obligation à part entière, dont le non-respect expose aux mêmes sanctions qu’une omission de déclaration de recettes.


Sanctions en cas de non-déclaration

En cas d’absence de déclaration SIBIL dans les délais, le ministère de la Culture met en demeure l’entrepreneur de régulariser sa situation sous 2 mois. Passé ce délai sans régularisation :

  • 1ère infraction : amende administrative de 150 €
  • Récidive dans la même année civile : amende portée à 600 €

Ces montants peuvent paraître modestes, mais les conséquences réelles vont bien au-delà de l’amende :

  1. Blocage des aides publiques (voir section suivante)
  2. Signal négatif lors du renouvellement de la licence : la DRAC peut prendre en compte l’historique de conformité SIBIL lors de l’instruction du renouvellement du récépissé valant licence (renouvelable tous les 5 ans)
  3. Contrôle renforcé : une structure signalée pour non-déclaration répétée peut faire l’objet d’un contrôle élargi de ses obligations d’entrepreneur de spectacles

Bonne pratique : conserver les accusés de réception SIBIL (et les récépissés de déclaration) pendant au moins 3 ans. Ces documents peuvent être demandés lors d’une demande d’aide publique, d’un renouvellement de licence ou d’un contrôle administratif.


SIBIL et les aides publiques : un lien direct

Depuis le 1er avril 2020, la conformité à l’obligation SIBIL conditionne le versement des aides publiques à l’entrepreneur de spectacles. En pratique, cela concerne notamment :

  • Les aides de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) : subventions de fonctionnement, aides à la création, soutien à la diffusion
  • Le FONPEPS (Fonds National pour l’Emploi Pérenne dans le Spectacle) : aides à l’embauche permanente dans le spectacle, dont le FONPEPS-AESP (aide à l’emploi sous CDI) et le FONPEPS-APAJ (aide pour les spectacles joués dans des petites jauges)
  • Certaines aides régionales et municipales qui s’alignent sur les critères nationaux

Un entrepreneur qui n’est pas à jour de ses déclarations SIBIL peut se voir refuser ou suspendre une aide en cours d’instruction, même si sa demande est techniquement éligible par ailleurs.

Le lien avec le FONPEPS est particulièrement important pour les structures qui emploient des intermittents. Les aides FONPEPS-APAJ et FONPEPS-AESP, qui peuvent représenter plusieurs milliers d’euros par structure et par an, sont conditionnées à la régularité SIBIL.


SIBIL, taxe de billetterie ASTP et CNM : ne pas confondre

SIBIL est souvent confondu avec deux autres obligations fiscales relatives à la billetterie du spectacle vivant. Ces trois dispositifs sont distincts et cumulatifs — la conformité SIBIL n’exonère pas des obligations fiscales.

La taxe sur les spectacles (ASTP — Association pour le Soutien du Théâtre Privé) : Elle s’applique aux spectacles de nature théâtrale, dramatique, lyrique et chorégraphique programmés dans des théâtres privés. Elle est due sur les recettes brutes de billetterie et déclarée auprès de l’ASTP, distinctement de SIBIL.

La contribution au CNM (Centre National de la Musique) : Elle s’applique aux spectacles musicaux et de variétés. Les entrepreneurs de spectacles relevant du champ CNM déclarent leurs recettes de billetterie au CNM via son portail dédié, en sus de SIBIL.

Obligation Quoi À qui Fréquence
SIBIL Données de billetterie (statistiques) Ministère de la Culture Trimestrielle (avant le 10)
ASTP Taxe sur billets théâtre/lyrique/chorégraphique ASTP Mensuelle ou trimestrielle
CNM Contribution sur billets musique/variétés CNM Trimestrielle

L’avantage concret de SIBIL : la plateforme permet d’exporter ses données de déclaration au format tableur, ce qui facilite grandement la préparation des déclarations ASTP ou CNM. Les données sont déjà structurées par représentation, date, lieu et type de billet.


SIBIL et la gestion administrative du spectacle vivant

Pour un entrepreneur de spectacles, SIBIL s’inscrit dans un ensemble plus large d’obligations administratives et sociales qui doivent être gérées de façon cohérente :

Du côté billetterie et fiscal :

  • Déclaration SIBIL (trimestrielle)
  • Taxe ASTP ou contribution CNM selon le répertoire
  • TVA spectacle vivant (taux 2,10 %, 5,5 % ou 20 % selon la nature et le contexte)
  • Renouvellement du récépissé valant licence tous les 5 ans

Du côté social et paie :

  • Établissement des CDDU pour les artistes et techniciens intermittents
  • Transmission des DPAE à l’URSSAF avant chaque premier jour de travail
  • Établissement des bulletins de paie conformes aux conventions collectives applicables (IDCC 1285, 3090…)
  • Transmission des AEM à France Travail avant le 15 du mois suivant
  • Déclarations DSN mensuelles
  • Affiliation aux congés spectacles (Audiens)

Ces deux ensembles d’obligations — billetterie/fiscal et social/paie — sont souvent gérés par des personnes différentes au sein d’une même structure. Or, ils sont profondément liés : les données SIBIL (nombre de représentations, recettes) peuvent être croisées avec les données de paie (nombre de cachets versés, intermittents déclarés) lors d’un contrôle de l’inspection du travail ou de la DRAC.

CI accompagne les entrepreneurs de spectacles dans la gestion de la paie de leurs artistes et techniciens — CDDU, DSN, DPAE, AEM, congés spectacles — pour que la conformité sociale soit aussi maîtrisée que la conformité SIBIL.


FAQ

Qui doit déclarer dans SIBIL : le producteur ou le diffuseur ? C’est le responsable de la billetterie — celui qui émet les billets et gère l’accueil du public. Il s’agit généralement du titulaire de la licence de catégorie 3. En cas de co-organisation, la déclaration incombe à la structure qui détient contractuellement la responsabilité de la billetterie. La déclaration est nominative et liée au numéro de licence PLATESV.

Faut-il déclarer dans SIBIL si on n’a eu aucune représentation ce trimestre ? Oui. L’absence de représentation n’exonère pas de l’obligation déclarative. L’entrepreneur doit effectuer une déclaration sur l’honneur d’inactivité sur la plateforme SIBIL ou via le formulaire dédié mis à disposition par le ministère. L’oubli expose aux mêmes sanctions qu’une omission de déclaration de recettes.

Quelles sont les sanctions en cas de non-déclaration SIBIL ? En cas de manquement, le ministère de la Culture met d’abord en demeure la structure de régulariser sous 2 mois. Passé ce délai : 150 € d’amende pour la première infraction, 600 € en cas de récidive la même année. Au-delà de l’amende, la non-conformité SIBIL peut bloquer l’accès aux aides publiques (DRAC, FONPEPS) et peser lors du renouvellement de la licence.

SIBIL remplace-t-il la déclaration de taxe de billetterie auprès de l’ASTP ou du CNM ? Non. SIBIL est une obligation statistique distincte des obligations fiscales. Les entrepreneurs de spectacles théâtraux, dramatiques ou lyriques restent soumis à la taxe ASTP. Ceux du secteur musical restent soumis à la contribution CNM. Les trois obligations sont cumulatives, mais les données SIBIL peuvent être exportées pour faciliter les déclarations ASTP et CNM.

Comment justifier de sa conformité SIBIL pour une demande d’aide publique ? Via un export de ses déclarations depuis la plateforme SIBIL (onglet « Mes déclarations »). Cet export, au format Excel ou PDF, liste les déclarations effectuées trimestre par trimestre et constitue la preuve de conformité exigée par les DRAC et les organismes d’aides (FONPEPS, CNM, régions). Il est recommandé de le conserver pendant au moins 3 ans.


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